Suite à la crise économique de 2007 la confiance des acteurs économique dans certaines institutions a été ébranlée, et le secteur de la comptabilité a été touché par effet de cascade.

Les questions d'éthique et de responsabilité civile sont devenues essentielles à l'ensemble des entreprises de produit et de services.

Les services de comptabilité, de préparation des déclarations de revenus, de tenue de livres et de paye n'échappent pas à la règle et l'importance de l’éthique est devenue prépondérante au sein de la fonction.

Selon une étude réalisée en 2017 chez des comptables tant du fameux Big 4 que travaillant en interne dans l’article An Investigation of Ethical Environments of CPAs: Public Accounting versus Industry de l’American Accounting Association, les experts-comptables du Big 4 ont d'ailleurs une perception de l’éthique supérieure à celle des autres comptables. Ce constat s’explique en partie par l’importance de la réputation dans de ce secteur, qui dépend principalement de la qualité des services proposés.

Les standards sont hauts, et la culture d’entreprise doit faire transparaître ce haut niveau d’éthique. Si l’on se concentre sur les plus grandes firmes de comptables, l’éthique prend une place encore plus stratégique avec notamment la gestion des litiges et leur poids économique dans l’activité.

L'un des principaux enjeux éthiques sera de passer d’un modèle bénéfices-coûts à une intégration plus profonde des préoccupations sociales, morales et environnementales

Le rôle des dirigeants sera d'autant plus fort qu'ils fixent les objectifs et la ligne de conduite à adopter. Le but est de récompenser l'honnêteté, l'engagement social de chacun et de rentrer ces objectifs au cœur même de la stratégie d'entreprise. Rendre les comportements prévisibles et les documenter aidera à éviter des conséquences économiques et de relations publiques.

La prise en compte des questions éthiques va aussi passer par la gestion des conflits d'intérêts qui doit être la plus transparente possible. Les cadres doivent garder à l'esprit que les conflits d'intérêts ne sont souvent pas facilement visibles et doivent travailler à les retirer complètement de l'organisation, en s'intéressant particulièrement aux systèmes d'incitation existants, qu'ils soient d'ordre formel ou informel.

Le plus simple pour comprendre ces enjeux est de se baser sur un exemple concret décrit dans l'article Why Good Accountants Do Bad Audits (HBR, novembre 2002):  imaginez un comptable qui est en charge de l'audit d'une grande entreprise. Pendant de nombreuses années, les états financiers du client sont propres et bien tenus.

  • Dans le premier scénario, l'entreprise commet alors des transgressions claires dans ses états financiers, allant même jusqu'à enfreindre la loi dans certains domaines.
  • Dans le deuxième scénario, l'auditeur remarque que l'entreprise s'est fourvoyée mais n'a pas semblé enfreindre la loi de manière consciente. L'année suivante, les comptes de l'entreprise sont un peu plus dégradés et comprennent des violations mineures des normes comptables fédérales. À la troisième année, la violation est devenue plus grave. Dans la quatrième année, le client commet les mêmes transgressions claires que dans le premier scénario.

De nombreuses expériences similaires réalisées par d'autres chercheurs, laissent entendre que le comptable ci-dessus aurait plus tendance à rejeter les états financiers dans le premier scénario.

Pour éviter l'émergence tacite de comportements contraires à l'éthique, les gestionnaires se doivent d'être vigilants. Cette vigilance doit aussi se concentrer sur les infractions apparemment insignifiantes, et la réponse apportée doit être claire et immédiate. Comme pour toute activité d'entreprise, l'éthique doit faire l'objet d'un suivi régulier, consolidée par des données quantitatives et qualitatives, afin d'appliquer la meilleure stratégie possible.


The real problem isn’t conscious corruption. It’s unconscious bias.

Why Good Accountants Do Bad Audits. Max H Bazerman, george Loewenstein et Don Moore.