Vaut-il mieux apprendre de ses erreurs... ou ne pas en commettre en premier lieu? La seconde option nous paraît la meilleure, et voici un outil stratégique pour vous permettre d'emblée d'éviter les plus graves erreurs.

La plupart des gens comprennent le concept du post-mortem : un examen a posteriori afin de déterminer les causes d'un succès ou d'un échec. Un projet se termine généralement par un post-mortem pour en tirer des leçons qui pourront être réutilisées dans les prochains projets.

Tout projet, qu'il se termine par un succès ou un échec, amène son lot de leçons, mais les échecs ont tendance à être particulièrement riches en apprentissages. Même pour les projets les plus ratés, le post-mortem représente la possibilité d'apprendre quelque chose et d'aller de l'avant, tout en évitant de répéter les mêmes erreurs encore et encore.

Mais ne serait-il pas plus souhaitable d'éviter complètement ces échecs ?

D'après Gary Klein, l'une des raisons pour lesquelles certains projets conduisent à l'échec est que trop de personnes impliquées hésitent à parler franchement de leurs réserves durant la phase de planification. 

Le pre-mortem — ou pourquoi vous devez réfléchir à l'échec de votre projet afin de l'éviter

Pour surmonter cette difficulté, Gary Klein propose de conduire un pre-mortem: "Contrairement à une séance d'analyse critique habituelle, où chaque membre de l'équipe du projet se demande qu'est-ce qui pourrait mal se passer, le pre-mortem part du principe que le "patient" est mort, et se demande ce qui s'est mal passé. Le but pour l'équipe est de produire des raisons plausibles à l'échec du projet."

Le pre-mortem a lieu au début et non à la fin du projet, de telle sorte que le projet peut être amélioré plutôt qu'analysé.

Les pre-mortems exigent un changement de point de vue temporel. Lorsque nous pensons au passé, nous avons tendance à réfléchir en termes de "pourquoi," et quand nous réfléchissons au futur, en terme de "quoi." Nous espérons apprendre en expliquant le passé afin de prédire ce qui va arriver dans le futur. Ce regard en arrière est lié à l'idée d'explication, et c'est ce point de vue que nous adoptons naturellement quand nous regardons le passé.

Mais que se passe-t-il si nous adoptons ce regard en arrière vers le futur pour l'expliquer au lieu de le prédire ? Autrement dit, que se passe-t-il si nous pensons le futur comme s'il était déjà arrivé ?

Comme il est écrit dans Back to the future: Temporal perspective in the explanation of events,Les gens peuvent prendre de meilleures décisions pour leur futur s'ils comprennent la totalité des éléments nécessaires pour à sa réalisation, y compris les choses pas tout à fait évidentes."

Simon Perks, coach et fondateur de Sockmonkey, explique qu'il y a "également une valeur significative à permettre aux gens de réfléchir à l'échec." L'échec est trop souvent un tabou, mais il fait partie de nos vies et nous ne devrions pas être aussi réticents à l'aborder. Le pre-mortem nous permet de ne plus être effrayés par l'échec et de commencer à nous concentrer sur la façon de l'éviter.

Un autre avantage du pre-mortem est qu'il "libère les gens qui pourraient avoir peur d'être accusés de ne pas avoir l'esprit d'équipe." Ces personnes pourraient se retenir d'exprimer leurs objections, tandis que le pre-mortem permet de les mettre sur la table.

Qui plus est, même si nous ne pouvons pas complètement éviter l'échec, le pre-mortem peut avoir un rôle de réconfort, comme l'explique Gretchen Rubin: "Avec autant d'initiatives, ce n'est pas possible de contrôler la réussite complètement, donc c'est réconfortant de savoir que j'ai fait tout mon possible. Comme ça, même en cas d'échec, je n'ai pas de regrets."

Comment organiser un pre-mortem ?

Pourquoi le pre-mortem est-il si efficace ? Parce que, comme le dit Daniel Kahneman, "la beauté de la chose, c'est que le pre-mortem est très facile à faire."

Voici les étapes à suivre pour organiser un bon pre-mortem.

Avant la rencontre, invitez l'équipe responsable du projet et briefez-la sur l'idée du pre-mortem. Assurez-vous d'avoir un tableau dans la pièce et apportez papier et stylos. Ensuite, suivez ces étapes :

  1. Imaginez la pire situation possible : Démarrez la rencontre en déclarant que le projet en question est un désastre absolu.
  2. Produisez des raisons à cet échec : Demandez à chaque personne d'écrire toutes les raisons imaginables qui pourraient expliquer l'échec du projet.
  3. Partagez les raisons : Demandez à chaque personne de donner chacun son tour une des raisons écrites sur sa liste, et continuer jusqu'à ce que tout le monde ait épuisé sa liste. Notez toutes les raisons sur le tableau.
  4. Brainstormez des solutions : Discutez ensemble des solutions que vous pouvez apporter aux problèmes potentiels soulevés.
  5. Passez la liste en revue : Après la rencontre, passez la liste en revue et essayez de trouver des moyens de renforcer votre plan.

Enfin, vous devriez jeter un coup d'oeil à la liste de temps en temps afin de vous remémorer ces dangers potentiels tout au long du projet.

Le pre-mortem au-delà du projet isolé

La technique du pre-mortem peut être appliquée à des initiatives de plus grande ampleur qu'un simple projet isolé. À nos débuts, nous avons même utilisé le pre-mortem pour l'ensemble de notre entreprise.

Je m'en souviens clairement, même si c'était il y a plusieurs années. L'ambiance était tendue, car nous étions en train d'imaginer que notre entreprise s'était soldée par un échec retentissant, et nous essayions de comprendre les causes de cette tragédie. Nous avions trouvé de nombreuses causes possibles à cet échec : incapacité d'attirer des clients, offre trop faible par rapport à la compétition, etc.

L'exercice s'est avéré quelque peu douloureux, puisqu'il n'est pas facile du point de vue émotionnel d'imaginer une conclusion aussi dramatique. Mais il nous a clairement aidés à découvrir des solutions à des problèmes qui nous auraient empêchés de réussir. Puisque nous sommes toujours là, c'est que nous avons évité certains écueils, et cet exercice n'a certainement pas nui.

Pas seulement pour les échecs

Comme le suggère Oliver Burkeman, "le recul prospectif peut aussi être utilisé pour imaginer des choses qui se déroulent bien." Si vous avez déjà imaginé le jour de votre enterrement et réfléchi à ce que vous voudriez que les gens disent sur vous, vous avez utilisé le même principe : vous avez réfléchi au futur comme s'il était déjà arrivé. La raison pour laquelle nous nous focalisons sur l'échec, c'est qu'il représente une chose à laquelle nous n'arrivons pas à faire face.

Une variante du pre-mortem

J'aimerais proposer une variante sur l'idée originale du pre-mortem. Puisque le recul prospectif peut être tout aussi efficace lorsqu'il repose sur des résultats positifs, et puisqu'imaginer un échec cuisant n'est jamais plaisant, pourquoi ne pas combiner reculs positif et négatif ?

Partons d'un pre-mortem classique : imaginez votre échec, trouvez des raisons qui l'expliquent, et des solutions à apporter. Mais à partir d'ici, fini les catastrophes! Pour terminer la rencontre sur une note optimiste, imaginons que le projet se termine par une grande réussite. Qu'est-ce qui nous y a menés ?

Les explications recouperont peut-être certaines des solutions trouvées plus tôt, mais cette répétition ne peut pas faire de mal. En plus, votre rencontre (et nous l'espérons, votre projet), se termine sur un happy end.

Nous espérons que cet article vous aidera à organiser des pre-mortems productifs et des projets réussis.

Si vous avez déjà utilisé la technique du pre-mortem, dites-nous dans les commentaires ce que vous en pensez!